J'ai créé ce blog afin de m'en servir comme exutoire. Les pensées qui vous verrez écrites ici sont miennes, sauf contre-indications. Pour l'instant, je n'active pas les commentaires, et advienne que pourra.
Si vous n'avez rien contre les adolescentes légèrement névrosées, alors
Ça m'arrive beaucoup trop souvent. D'ailleurs, je ne veux pas admettre que c'est à juste titre. Ce sentiment de marcher dans des pas de géant, de s'embourber toujours plus dans les sentiers battus. Ce sentiment de n'être que du bétail, un numéro parmi tant d'autres. Non, ça, l'enfant que j'étais ne veut pas le croire. Ou ne peut pas le comprendre, plutôt.
Je me rappelle du jour où j'ai découvert tout ça. "Tout ça", c'est-à-dire tous les gens qui vivent sur la même Terre que moi et qui sont des trilliards de fois plus doués que moi en dessin, photo, écriture. Je m'étais récemment inscrite sur le site communautaire DeviantArt, et perdais beaucoup de temps à contempler d'un ½il médusé les chefs-d'½uvres de certains de mes camarades de plate-forme. Je crois que c'est ça qui m'a d'abord sidéré, puis ouvert les yeux : j'avais accès exactement au même site qu'eux, je publiais mes photos exactement comme eux. Pas de piédestal, ces personnes ne font pas partie du show-business. Des gens comme vous... et moi.
Déclic.
Je me suis ensuite trouvée atrocement nulle et stupide. Nulle, parce que je ne leur arriverai jamais à la cheville, et stupide car j'avais cru pendant quinze ans que j'étais la meilleure.
Quand on commence à se faire vomir, on se trouve grosse en comparaison aux efforts que l'on fournit pour mincir. Donc on vomit. Donc on se trouve grosse. Donc on vomit. Ceci est l'exemple parfait de ce qu'on appelle un cercle vicieux : aucun moyen de s'en sortir seul ; à moins d'être fermement déterminé à changer. Je pense à A. : un mètre soixante-quinze pour quarante-cinq kilos. Cela fait trop longtemps qu'elle a sombré dans l'anorexie-boulimie : moi et mes petits bras ne parviendrons pas à la sortir de là. Elle aurait besoin d'un psychiatre pour lui redonner quelques repères, parce qu'elle a beau la jouer à la « Même-pas-mal », on voit bien qu'elle est perdue. Pour en revenir à l'anorexie, il est primordial de savoir que c'est une maladie psychologique. Les filles anorexiques croient que le fait de rentrer dans un slim taille trente-quatre les aidera à mieux s'accepter. Mais au contraire : plus on s'efforce de changer, moins on s'accepte tel qu'on est initialement ; c'est logique.
Je voudrais que les jeunes filles anorexiques qui liront cet article réfléchissent un petit instant à ce que va – concrètement – leur apporter le fait d'avoir des cuisses aussi grosses que l'avant-bras. Vous jouez avec votre vie. OK, on vous l'a déjà dit et répété ; mais alors pensez à vos amis. Pensez à eux, qui vous voient chaque jour perdre un peu plus de couleurs, et qui ne peuvent rien faire à part vous mettre en garde. Soyez conscientes que vous leur imposez la vision de votre lente mais sûre marche vers l'arrêt cardiaque.
image : Beth Ditto, ou la preuve qu'on peut être sexy sans rentrer dans un 36.